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N° 1017 - du 30 nov. au 17 décembre 2012
  Evénement  
La santé en Russie, un chantier à ciel ouvert.
Le système de santé russe.
  Libre propos  
« Notre fonction d'alerte a beaucoup gêné les partenaires 
de santé », entretien avec Christian Saout.
Zoom - Ils ont dit - chiffres
  Santé  
20 ans de santé publique : des défauts persistants.
Dépenses de santé : premier recul en Europe !
 Dossier
La chirurgie française, une discipline en pleine mutation.
  Action sociale  
Le Samu de Paris innove sur le terrain médicosocial.
  Famille 
« Avec 2,7 % de frais de gestion, les Caf sont au maximum », entretien avec Chantal Rémy.
  Europe  
Décrypter le rapport sur les mutuelles en Europe.
Budget de l'UE, l'avenir sacrifié ?
  À lire  
« Euthanasie » ?
  Agenda & Livres  
 
Edito
Pascal BEAU - Espace Social Européen
Pascal Beau
Directeur d'Espace Social Européen
  
L'office européen des statistiques (eurostat) vient de confirmer nos dires : la France est bien championne d'Europe, et donc du monde – fait-on mieux ailleurs que le modèle social européen ? –, pour les dépenses de protection sociale si on rapporte celles-ci au PIB. Nous devancions ainsi, en 2010 – la publication des données exige le temps nécessaire à en consolider la fiabilité – avec 33,8 % de part de notre richesse nationale, le Danemark (33,3 %), les Pays-Bas (32,1 %), et même l'Allemagne (30,7 %). Les autres nations sont décrochées de ce premier groupe. Deux remarques complémentaires. D'abord, compte tenu de la faiblesse de notre croissance en 2011, puis en 2012, on peut penser que ce record demeurera. Ce qui ne rassure pas forcément. Ensuite, et c'est là un grave souci, ce record est peut-être le reflet d'un haut niveau de protection sociale pour les 65 millions d'habitants en France malgré nos imperfections, mais aussi la conséquence d'une économie encalminée. Les dernières prévisions de l'OCDE le confirment. La France ne redémarre pas. Tous ses indicateurs financiers et sociaux resteront au rouge. Les déficits à venir et l'endettement à estomper seront naturellement plus importants et plus longs à éponger. François Hollande n'a donc pas de chance. L'épreuve de vérité du pays tombe sur son quinquennat. Lequel sera entièrement consacré au redressement des comptes, au désendettement du pays, à la relance de l'industrie, à la musculation de l'économie. Et donc à la mise « au frigo » des dépenses publiques et sociales. L'opposé de ce qu'il a promis, moins qu'on ne le dit en réalité. Du moins l'opposé de ce que croient en général beaucoup de ceux qui l'ont élu.
 
   Dans ces conditions, la question centrale est bien celle de la croissance. Une affaire française avec une évidente dimension européenne. Il ne peut y avoir de miracle national dans un contexte général négatif. L'ensemble de la politique sociale sera tôt ou tard sur le grill. Non pas pour la démanteler mais pour la mettre au service de la croissance et de l'emploi, priorités absolues des années en cours. Cela va secouer ! Et nul ne peut défendre un strict statu quo. Dans notre numéro 1 000 de février dernier, nous laissions entendre que le scénario actuel se profilait inéluctablement. Ces propos, dans un contexte de campagne électorale, ont été mal vus par certains acteurs de la nouvelle majorité, laudateurs d'une dépense sociale et de santé sans retenue. Nombre d'entre eux exercent désormais des responsabilités nationales. Pour eux, le choc est rude. Mais, pour le pays, salutaire.
 
Evénement
La santé en Russie, un chantier à ciel ouvert
La Russie, terre de l'histoire mondiale, terre des espérances millénaires déçues, attire toujours le visiteur comme un aimant.
Une délégation d'Ese s'y est rendue l'été dernier pour connaître et comprendre les méandres du système de santé.
Aperçu et réflexions sur un pays aux contrastes humains et sociaux saisissants.   ABONNEZ-VOUS  
 
 
Libre propos
Entretien avec Christian Saout, Président du Ciss.
  Christian Saout   Président du Ciss* depuis 2007, annonçait sa démission en octobre dernier. Entre bilan et analyse critique.
« Notre fonction d'alerte a beaucoup gêné les partenaires de santé »
 
Vous quittez la présidence du Ciss, comment analysez-vous la situation globale de notre système de santé ?
Notre système de santé apparaît très amoché, de plus en plus déstructuré et il a grand besoin d'être réparé ! Il y a 10 ans, le Ciss soulignait déjà ses défauts d'organisation, aujourd'hui la situation reste la même. Les inégalités d'accès aux soins augmentent, frappent de plus en plus lourdement nos concitoyens : notamment ceux qui se situent entre le seuil de la CMU et 1 500 € par mois, qui ont du mal à se protéger contre les dépassements d'honoraires et les restes à charge qui explosent. 
 
Qu'est-ce-qui a progressé, quelle a été l'action du Ciss dans ce sens, et quels points restent au contraire à améliorer ?
La sécurité des soins a bien progressé durant ces deux dernières décennies, de réels efforts ont été menés dans ce domaine. D'autres sujets traînent, comme la modernisation de l'offre de soins : la chirurgie ambulatoire représente seulement 30 % des opérations, contre 70 % en Angleterre. Ce retard est incompréhensible. 
Le Ciss a contribué à installer la parole des patients dans le débat public, en particulier sur deux sujets fondamentaux : les dépassements d'honoraires et les déserts médicaux. Pour le reste, il a tenté, sans être entendu. C'est le cas de la coordination des soins et de l'accompagnement des malades chroniques. Sujets en plan, comme celui des parcours de soins. L'information a aussi très peu progressé, il n'y a toujours pas de base de données publique, indépendante, sur l'information en santé dans un langage accessible au grand public.
 
Comment analysez–vous votre action à la tête du Ciss ?
Il faut rester modeste, le Ciss existait avant que je ne le préside et il existera après. Chaque président(e) arrive avec son « équation personnelle » et essaie de faire vivre l'ambition collective. Nous aurions tous voulu, comme le baron Pierre de Coubertin, aller « Plus loin, plus haut, plus fort » ! Mais ce type de structure nécessite de tenir compte de toutes les composantes. Au Ciss cohabitent des associations issues de cinq horizons : famille, handicap, maladie, âge, consommation. C'est un monde par nature hétérogène, infiniment plus complexe qu'Aides que j'ai présidé entre 1998 et 2007. Il faut bien reconnaître que nous n'avons pas été aidés après 2002 : la loi du 4 mars 2002 était une promesse de démocratie sanitaire plus vigoureuse, mais les financements ne sont jamais venus. 
C'est regrettable. Espérons que ceux qui ont inspiré la loi du 4 mars 2002 l'auront bien présent à l'esprit puisqu'ils sont à nouveau en responsabilité.
 
Vous dites que le Ciss a « tenté d'influer sans être entendu », quelles ont été vos relations avec les différents partenaires du système de santé ?
Des relations tumultueuses ! Ils n'ont pas l'habitude de ce type d'opposition. Au cours des deux précédentes crises sanitaires, le Sida et les infections nosocomiales, les affrontements ont aussi été difficiles mais cela restait cantonné à deux domaines bien particuliers. La différence c'est que le Ciss est la première initiative française d'une prise de parole militante sur les conditions de l'accès aux soins d'une façon générale, depuis la santé publique jusqu'à l'accompagnement des patients, de l'organisation des soins jusqu'au financement. Le Ciss proposait quelque chose de nouveau et a dérangé beaucoup de monde : certains sont même allés jusqu'à nous traîner en justice ! Dans un monde sanitaire où les décisions sont prises dans l'opacité, notre fonction d'alerte a beaucoup gêné les partenaires de santé : état, établissements de santé, ministres, médecins, assureurs, 
industriels, etc.
 
Et avec la presse ?
Elle a été notre plus fidèle alliée, même si évidement ça n'a pas toujours été facile. Nous avons eu le goût de faire un travail approfondi de documentation, nous avons donc pu apporter un contenu substantiel, au-delà des témoignages, même s'ils sont utiles. Dans le système de santé, les pouvoirs publics réagissent seulement s'ils sont tenus en tenaille entre l'opinion et la presse. Notre rôle est donc d'alerter, même si nous aurions aimé que notre système de santé soit piloté de façon plus participative, à l'anglo-saxonne, où l'on accepte de donner la parole à toutes les parties prenantes, de façon équitable.
 
Pourquoi cette démission ?
Je démissionne tout simplement parce que la présidence du Ciss réclame un investissement à temps plein, or je n'ai plus cette possibilité car j'ai été contraint de reprendre mon activité professionnelle de magistrat. Et puis, il faut savoir passer à autre chose. Chacun son tour.
 
(*) Collectif interassociatif des usagers et patients.
 
 
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