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N° 1023 du 8 au 21 mars 2013
  Evénement  
Prestations familiales, quelles économies possibles ?
  Libre propos  
La santé des femmes, entretien avec Dominique Hénon, Cese.
Zoom - Ils ont dit - chiffres 
  Dossier  
Parcours santé des personnes âgées, l'ARS Île-de-France ouvre la voie.
Climat social tendu dans le régime général.
  Santé   
Téléservices publics, toujours des faiblesses.
Données de santé : la polémique enfle…
  Famille - Action sociale   
RSA : l'approche globale peine à se mettre en place.
Fraude sociale, les Caf se professionnalisent.
  À lire  
Changer pour une autre médecine.
  Agenda & Livres  
 
Edito
Pascal BEAU - Espace Social Européen
Pascal Beau
Directeur d'Espace Social Européen
 
Que Roselyne Bachelot se rassure : les orientations récemment développées par Marisol Touraine, destinées à « tourner la page de la réforme HPST » sont tellement maigres et incertaines que le texte emblématique, certes controversé, de 2010 perdurera.
 
Hormis la réforme de la T2A, qui précéda la loi HPST et sur laquelle un consensus se fait pour en fixer les limites, toutes les annonces, au nombre de 12, relèvent du cosmétique. À commencer par le changement de gouvernance tant annoncé. Il s'agissait de faire disparaître la fonction de directeur général tout puissant, le fameux « patron » cher à Nicolas Sarkozy et, à la clé, de remplacer le directoire de l'hôpital par un conseil de direction où les médecins exerceraient une forte influence. Au final, hormis un toilettage de la CME (commission médicale d'établissement), un coup de pouce aux investissements, le pacte de confiance ministériel est peu lisible, notamment en ce qui concerne la nébuleuse de l'hôpital dans le parcours de santé. D'autant plus qu'en dépit de promesses, les moyens budgétaires du secteur public demeurent chichement alloués. Finalement, le bon sens et les évidences managériales l'emportent. Les hôpitaux poursuivront dans la voie de la réforme. Tant mieux !
 
À propos de l'hôpital, il faut lire ou relire l'entretien savoureux d'Alain Verret, ancien directeur de l'hôpital Évry-Corbeil dans le JDD de dimanche dernier. Que dit l'ancien « patron » de cet établissement qui défraie toujours la chronique ? « Un tiers des lits sont vides parce que l'établissement est surdimensionné par rapport aux besoins réels. Dire que l'État veut construire un second établissement du même type à Melun… ».Sans commentaire !
 
Le récent sondage Ifop-Le Quotidien du médecin montre qu'une majorité des médecins (60 %) est hostile au P4P, le paiement à la performance de la Cnamts. 75 % des généralistes y adhérent alors que seuls 34 % y sont favorables, exceptés les plus jeunes et les ruraux. Illustration de l'individualisme médical, cynisme classique de comportement professionnel ? En revanche 60 % sont favorables à l'avenant n°8 sur la régulation des dépassements tarifaires. Pas de surprise sur ces chiffres, d'autant que l'adhésion des médecins à la lutte contre les dépassements tient surtout au fait que la majorité d'entre eux n'est pas concernée. Ce que confirment les chiffres des praticiens d'Île de France avec 47 % d'entre eux seulement qui y sont favorables.
 
Tout ceci devrait conduire à relativiser la portée stratégique du désaveu des médecins à l'encontre de la ministre de la Santé. Quoiqu'elle dise, fasse ou pas.
 
Evénement
Prestations familiales, quelles économies possibles ?
Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, a missionné Bertrand Fragonard, président délégué du Haut Conseil à la Famille (HCF), sur une évolution de l'architecture de la politique familiale et les mesures de redressement destinées à équilibrer les comptes de la Cnaf fin 2016. Un chantier sensible qui a déjà fait l'objet de contributions, sans suites. 
 
 
Libre propos
La santé des femmes
Y-a-t-il des questions spécifiques à la santé des femmes ? Le Conseil économique, social et environnemental s'est saisi de cette question en 2010. Entretien avec Dominique Hénon, rapporteure pour la délégation aux droits des femmes et à l'égalité.
 
 
 
Pourquoi s'intéresser spécifiquement à la santé des femmes ?
Nous avons retenu ce thème à partir de la question de l'allongement de la durée de vie en général et plus particulièrement de celle des femmes. C'est la réduction de l'écart d'espérance de vie en bonne santé qui nous a alertés : il y a désormais moins de deux ans d'écart entre hommes et femmes (68 ans et 69 et huit mois). Tous les temps de la vie des femmes nous ont semblé importants à examiner pour identifier les conditions qui amènent à « bien vieillir ».
Aujourd'hui, les comportements évoluent et ont un impact à long terme, par exemple à l'adolescence on observe désormais que les jeunes filles ont les mêmes conduites addictives que les garçons pour l'alcool, le cannabis, ou les conduites à risque. Si aujourd'hui le taux d'activité des femmes a fortement augmenté, le milieu du travail impose malgré tout une organisation retenant majoritairement le masculin comme norme, que ce soit dans l'approche ergonomique des postes ou des rythmes de travail. Nous avons préconisé une amélioration de la prise en compte de la parentalité dans la vie professionnelle, facteur favorisant l'équilibre vie privée/vie professionnelle tant pour les femmes que pour les hommes. Ce qui devrait faciliter l'implication des hommes dans les charges domestiques, et soulager ainsi les fortes tensions que vivent les femmes dans l'organisation de leur vie.
Il nous a semblé également important de mettre l'accent sur la mise en place de dépistages et d'une surveillance accrue concernant les spécificités féminines du grand âge, afin de réduire le risque de dépendance. Si les progrès incontestables de la médecine permettent un allongement de la durée de la vie, on constate malgré tout qu'actuellement une majorité de femmes se retrouvent isolées au grand âge avec des retraites de près de 40 % inférieures à celles des hommes.
 
Tient-on suffisamment compte du genre dans les soins et la recherche ?
On a pu constater que les essais thérapeutiques n'incluaient que très peu de femmes ; selon la FDA américaine, dans les années soixante-dix, parce qu'elles pouvaient être enceintes, mais c'est une donnée qui a considérablement évolué. Une étude réalisée par la chercheuse Mme Tsang en 2008 fait par exemple apparaître que si les femmes constituent 53 % des patients concernés par les pathologies cardiovasculaires, elles représentent à peine 29 % des sujets d'essais cliniques atteints de maladies coronariennes, 25 % des sujets atteints d'une insuffisance cardiaque et 34 % des sujets atteints d'arythmie.
 
Les médecins sont-ils suffisamment formés à appréhender différemment hommes et femmes ?
Une étude réalisée en Franche Comté en 2007 a montré que certains médecins réagissent en effet moins vite aux symptômes de l'infarctus d'une femme parce qu'insuffisamment formés, ils ne repèrent pas ces symptômes pour ce qu'ils sont. Alors que les symptômes cardiaques des hommes sont immédiatement repérés. Un homme pour un infarctus aura beaucoup plus fréquemment une douleur thoracique, une femme des douleurs dans les mâchoires et des nausées. Cela n'oriente pas de la même façon le diagnostic d'un médecin. Il y a encore beaucoup de progrès à faire en matière d'approche de la santé par le genre.
 
Les violences subies par les femmes n'ont-elles pas aussi des répercussions sur leur santé ?
Les femmes victimes de violences sont particulièrement exposées au risque de dépression et de suicide. Un coup de projecteur a été mis sur les violences conjugales par l'étude Enveff (1) qui a constaté que 90 % des femmes victimes de ces violences n'en avaient jamais parlé avant cette enquête. Il y a une grande nécessité à former aussi bien les officiers de police et de gendarmerie au moment du premier accueil, que les services de santé. Les médecins généralistes sont souvent les premiers interlocuteurs. Il est nécessaire de renforcer leur formation initiale sur les violences dont sont victimes les femmes. Des mesures ciblées doivent aussi être mises en ?uvre pour lutter contre toutes les violences faites aux femmes : injures, remarques sexistes, agressions physiques, violences dans le cadre du travail, ou encore de la part du public si elles y sont exposées.
 
Est-ce que les moyens mis en ?uvre sont suffisants ?
Tout reste à développer. Il faudrait d'abord évaluer et s'appuyer sur ce qui est efficace. Un accord national signé en mars 2010, sur la prévention du harcèlement et des violences faites au travail comporte un chapitre sur les violences sexistes. Mais il mériterait d'être mis en valeur. On voit également se mettre en place des expériences proches des dispositifs qui font leur preuve au Canada en matière de prise en charge des femmes victimes de violence. Par exemple à Paris, le commissariat du XXe est particulièrement sensibilisé et efficace. Des appartements, des foyers d'accueil ou de répit anonymes existent également, mais en nombre bien insuffisant. Cela supposerait une véritable politique d'évaluation des dispositifs existants et la mise en ?uvre de moyens pertinents.
 
Propos recueillis par Anne Parian
 
(1) Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France.
 
 
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