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N° 1077 - du 30 octobre au 12 novembre 2015
  Evénement  
URPS médecins, l'après élections.
Agirc-Arcco, les dessous de l'accord.
Les 13 points de l'accord.
Ça bouge !
  Sécurité sociale  
PLFSS 2016 : ce que l'Assemblé a voté.
  Famille  
Plan crèches, où en est-on ?
  Action sociale 
« Décloisonner nos activités », entretien avec Florence Arnaiz-Maumé.
  Santé  
Les soins ambulatoires s'accélèrent en oncologie.
  Libre-propos 
« Et si on supprimait les industries de santé ? » par Michel Hannoun.
  A lire  
Soif de justice !
  Agenda & Livres  

 
Edito
Pascal BEAU - Espace Social Européen
Pascal Beau
Directeur d'Espace Social Européen
 
Le projet de création d'un revenu minimum universel en Finlande bouscule incontestablement les repères classiques des politiques sociales. Qu'il s'agisse de l'emploi et de la protection sociale. Cette question resurgit donc dans un pays ayant subi une double et grave crise économique depuis 20 ans, après l'effondrement de l'économie soviétique en 1991 et la crise financière mondiale de 2008.

Le gouvernement finlandais de centre droit veut expérimenter le revenu universel dans une région à fort chômage. Evidemment cette démarche bouscule. Souvent suscitée par les milieux économiques libéraux, elle puise ses éléments dans une tradition locale forte puisque déjà en 1912, certains penseurs finlandais la promouvaient.
Aujourd'hui, les paramètres politiques du débat ont changé. Crise économique et chômage sont passés par là.
Les Verts et une partie de la gauche soutiennent le projet de la nouvelle coalition de droite au pouvoir. Sans compter l'opinion qui défend l'idée à 80 % ! Cette réforme de portée considérable a pour corollaire une remise à plat des mécanismes traditionnels de la sécurité sociale, en remplaçant les allocations minimales de logement, de pauvreté, d'assurance chômage et de vieillesse et de famille. La Finlande est un petit pays, naturellement plus homogène que la France. Mais chez nous, des voix se sont élevées pour poser la question. Un peu à droite, un peu plus à gauche.
Evidemment, il faudra aller sur place pour cerner avec précision cette initiative.
Mais nous pensons que ce sujet ne peut sérieusement être occulté. Pour deux raisons essentielles quand bien même des milliers d'interrogations viennent à l'esprit quant à la pertinence et la faisabilité d'une telle réforme. Notre système social, notre maquis prestataire, notamment nos minima sociaux sont tellement complexes à mettre en oeuvre, à articuler qu'ils produisent à la fois des fraudes, des gaspillages mais aussi des renoncements aux droits. Neuf minima en France, quatre en Allemagne fédérale, cherchons l'erreur pourrait-on dire.
La seconde motivation tient au chômage massif qui déferle sur le pays depuis tant d'années. On aura beau retrouver un peu plus de croissance, améliorer les politiques de formation, d'emploi, alléger les charges sociales et réglementaires des entreprises, personne ne croit que cela suffira pour créer le plein emploi. Bertrand Martinot dans son ouvrage récent rappelait qu'en dépit des périodes de fortes croissance, les années Rocard de 1988-90 et Jospin de 1997-2000, le taux de chômage n'était pas descendu en deçà du seuil de 7,5 à 8 %.
Voilà pourquoi la question du revenu universel doit être posée.
Evénement
URPS médecins, l’après élections
Baisse du taux de participation, percée de la FMF, recul de la CSMF, un paysage médical libéral morcelé, des perspectives désormais très compliquées pour la médecine ambulatoire en ce qui concerne les relations État, assurance maladie et professions de santé. Résultats et explications.
 
Prévoyance
Big data, quelles perspectives pour les Ocam ?

 
 
Entre adaptation de l'offre, ciblage de la prévention, ou encore détection des fraudes, l'analyse de données, le « big data », représente une mine d'or pour les organismes d'assurance complémentaire santé. État des lieux des initiatives et retour sur les enjeux.


La révolution annoncée n'en est encore qu'au stade de balbutiement, mais le mouvement est lancé. En témoigne l'intérêt croissant des opérateurs, toutes tailles et toutes catégories confondues, pour le big data, même si pour l'instant seuls les très grands groupes l'intègrent progressivement à leur stratégie. Et pour cause, l'utilisation de ces données massives devrait bouleverser les pratiques en matière de complémentaire santé.
Un constat rappelé dans le rapport État des lieux de l'innovation en santé numérique, commandité par la Fondation de l'Avenir. Dominique Letourneau, son président, en a rappelé les principaux enseignements lors d'un colloque organisé début octobre par l'union de groupe mutualiste (UMG) Agrume-Groupe Harmonie notamment consacré aux enjeux du big data pour les mutuelles.
« Le métier d'assureur traditionnel évolue du fait des TIC en passant du curatif au préventif, et en allant, à l'heure du big data, vers le prédictif », estiment les auteurs. Les actions de prévention seront individualisées grâce à une meilleure connaissance des risques. En France, l'assureur Axa a été le premier, en juin 2014, à proposer d'équiper les 1000 premiers clients de sa complémentaire santé Modulango d'un bracelet Withing (mesure le taux d'oxygène dans le sang, le rythme cardiaque, le nombre de pas parcourus, et analyse le cycle de sommeil) moyennant l'exploitation des renseignements recueillis à des fins de prévention. Aux États-Unis, ces expériences se multiplient. En toile de fond le risque d'une « personnalisation du risque » impactant la solidarité avec une remise en cause de la mutualisation. Également pointée, l'émergence possible de nouveaux acteurs: les Gafa (Google-Apple-Facebook-Amazon).

Accès aux données

« Le fait d'avoir des datas (ndlr des données de santé) est une vraie opportunité pour nous permettre de couvrir nos adhérents sur ce qui concerne notre corps de métiers et leurs besoins », déclarait Michel Charton, consultant et président du conseil de surveillance d'Itélis, lors du colloque précité.
D'après cet expert, les mutuelles devraient disposer de données individuelles protégées – pour proposer des garanties répondant aux « vrais besoins » des adhérents, faciliter le parcours de soins, permettre une efficience de la gestion des prestations –, et de données agrégées anonymisées – pour réaliser des études, faire évoluer les garanties, etc.. Cet accès leur permettrait, en outre, de « fonder une négociation saine avec les professionnels de santé et les pouvoirs publics». Par ailleurs, avec Solvabilité 2 les nouvelles obligations prudentielles imposeraient une information plus importante.
Mais compte tenu du contexte actuel – en particulier l'article 47 du projet de loi de modernisation de notre système de santé –, les mutuelles devront se débrouiller par elles-mêmes pour récolter ces renseignements. Reste la perspective « d'engager des alliances », une hypothèse plutôt faible compte tenu du peu de partenaires potentiels et des difficultés à « créer des synergies autour de la gestion des data ». Parmi les pistes, certaines associations de patients plus ouvertes sur la question. Des informations pourraient surtout être obtenues en « créant du lien » avec les adhérents. La collecte serait intégrée dans la garantie, à condition que la personne couverte puisse en récolter les bénéfices, par exemple avec une prévention personnalisée. Un schéma assez proche de la démarche adoptée par Axa, et en général par les services d'accompagnement ou de prévention liés à la e-santé.

Volume et analyse

« Au-delà du volume des données, c'est la capacité à les exploiter qui importe », avance Alexandre Templier, directeur général de Quinten, société spécialisée dans l'analyse des données notamment dans le domaine de la santé. « L'exploitation optimale est un levier de croissance », même avec des « small data ». Plus que la taille, l'analyse s'impose comme l'élément clef.
Et les Ocam ne sont pas les seuls à lorgner du côté du big data. En témoigne une table-ronde organisée à Réavie (congrès des assureurs vie et de personnes qui se tenait à Cannes mi-octobre) : « Les plateformes santé doivent s'engager pour la gestion et l'analyse des données de santé ».
« Nous sommes habitués à traiter à la fois les données de santé que nous captons pour chaque bénéficiaire et, en même temps, les données du PMSI pour fournir des statistiques », souligne Jean François Tripodi, directeur général de Carte Blanche Partenaires (CBP), plateforme rassemblant 6,5 millions de bénéficiaires. « Aujourd'hui, les complémentaires santé sont plutôt orientées vers les services que sur le remboursement, le marché se généralise en ce sens. Or, qui dit services dit données. Et les assureurs santé se reposent de plus en plus sur des opérateurs, comme CBP, qui proposent des services de qualité », ajoute-t-il. Avec toujours les mêmes impératifs sur ces informations « il faut les traiter, les sécuriser en termes de stockage et ensuite être capable de les analyser ».

Outils

Pour le volet sécurité, CBP a choisi l'hébergeur Docapost BPO en tant que « tiers de confiance ». Quant à l'analyse : « Nous avons lancé un grand projet en début d'année avec Suadeo pour créer un décisionnel santé dont l'objectif est de traiter uniquement les données de santé. Il devrait être finalisé d'ici janvier », confirme son dirigeant. Baptisé Suadeo designer, cet instrument permet en quelques clics de sonder des données pour la prise de décision, de façon instantanée. Il propose des outils de traitement et de restitution (cockpits, tableaux de bord, rapports, analyses dynamiques, etc.) pour répondre aux questions soulevées par le pilotage de la plateforme. Ce décisionnel évalue l'impact législatif d'une réforme, par exemple les contrats responsables, ou détecte les fraudes par comparaison entre les usages et les comportements. Pour l'instant, seule la partie optique est intégrée avec la masse d'informations afférentes (types de montures et de verres, répartition par régions, sexes et âges des assurés, niveau de correction, type de contrat, etc.). Y seront bientôt ajoutés le dentaire et l'hospitalisation.
Suadeo, spécialisé dans le « Business Intelligence » (décisionnel entreprise), regroupe 118 mutuelles clientes (MGEN, Harmonie fonction publique, Unéo, Masfip, etc.). Sa base assurantielle comprend des milliers d'analyses en santé et prévoyance, individuelle et collective. Construite il y a 10 ans, elle est entretenue en permanence. « Dans notre équipe de Recherche et Développement, nous avons une cellule d'experts travaillant exclusivement sur la base de données et sa performance » rapporte Azzedine Bendjebbour, directeur associé de Suadeo.
Pour lui, l'utilisation effective du big data nécessite un traitement complexe générant des croisements de données très volumineux. Un des atouts de son nouvel outil est d'être la seule plateforme logicielle intégrant tous les outils développés par un éditeur unique (extraction des données et chargement dans une base, construction de tableaux de bord, reporting, etc.). Deux éléments sont essentiels : recourir à toutes les fonctions intégrées dans ce logiciel, ensuite modéliser la base de données et les analyses pour permettre une consultation rapide. « Avec CBP, nous avons créé un logiciel big data qui permet d'abord d'avoir une masse d'informations exhaustives pour positionner les activités des uns par rapport aux autres, dans un groupe. Pour un seul organisme, d'aller dans le détail des données et de lancer des analyses complexes. Deuxièmement, il assure une réactivité extrêmement rapide avec des analyses modifiables très vite», explique Azzedine Bendjebbour.
L'enjeu ? Rendre ce type de plateforme accessible à chacun. Suadeo a souhaité un outil « ergonomique »  aussi facile à utiliser qu'un logiciel de bureautique. Une démocratisation qui semble indispensable pour que le « boom » annoncé du big data tienne toutes ses promesses et puisse bénéficier à tous les opérateurs.

 Émilie Guédé

 
 
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