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Vous êtes-ici : SOMMAIRE / Archives ESE 2016 / N° 1089 - 2 mai 2016
 
1089 du 2 au 19 mai 2016
ÇA BOUGE !
ÉVENEMENT
Radicalisation. Les acteurs sociaux et médicosociaux se mobilisent.
Libres Propos
Minima sociaux, réflexions sur le rapport Sirugue. Par Philippe Steck.
…Dit/Ecrit…
 
CAHIER LASER
Prévoyance
Révolution numérique et assurance. à quoi faut-il s'attendre ?
Prévoyance
Harmonie-MGEN : Le mariage se concrétise
Santé
ARS. Le big-bang des réorganisations
Médicament
Une actualité fournie et des questions pour cette quinzaine.
Libres Propos
CLEISS. Philippe Sanson : « Moins de détachements en sortie et davantage en entrée ».
 
Edito
Pascal BEAU - Espace Social Européen
Pascal Beau
Directeur d'Espace Social Européen
 
JUNGLE DENTAIRE
 
Il convient évidemment de se réjouir de la baisse du chômage en mars dernier, sauf à pratiquer le cynisme politique et social. Toutefois, il convient aussi de nuancer l'enthousiasme de certains : si la catégorie A, celle des demandeurs d'emploi sans emploi et disponibles immédiatement chute de 60000, les chiffres des catégories B et C progressent respectivement de 13800 et 37500 personnes également en recherche de postes à plein temps bien qu'au travail à temps partiel. La vraie baisse n'est finalement que de 8700 chômeurs. Bon à prendre tout de même.
 
Autisme dentaire.
Le relevé d'observations provisoires de la Cour des comptes sur l'économie des soins dentaires en France confirme des constats connus de longue date. à savoir que le secteur se disloque au fil des ans. La France occupe une piètre place dans le niveau européen de la socialisation du risque dentaire (pour les pays les plus riches bien entendu). Pas de quoi plastronner comme le fait notre chère ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui confond slogans électoraux et réalités de terrain… L'absurdité de la situation est totale : ce sont les assureurs complémentaires qui assument la part majoritaire de la socialisation du risque sans être invités à la table des négociations. Pour cause d'autisme politique et social du ministère de la Santé, de l'Assurance maladie et des organisations professionnelles sans visions réalistes ou presque. Dès lors, le pire est possible. A savoir une loi de jungle ou chacun reste sur son quant à soi, avec des dépassements tarifaires en pagaille, des réseaux de soins « low cost » dangereux pour la qualité des soins, des pratiques professionnelles individuelles anarchiques qui relèvent parfois de la correctionnelle, des patients appauvris et désorientés, des incitations fortes à une expatriation des soins prothétiques couplées à une « ubérisation » des soins, l'Etat préfèrant ignorer cette situation, marteler le tiers-payant généralisé, marqueur d'une gauche institutionnelle et des beaux quartiers plutôt que de s'occuper des vraies inégalités de la France « profonde » !
Même si cela perturbe le ron-ron des négociations médicales, on souhaiterait que la Cnamts ne refile pas toutes les maigres marges d'argent dont elle dispose pour donner du « grain à moudre » aux seuls médecins libéraux – qu'on apprécie par ailleurs mais qui ne sont pas les seules priorités de la santé du pays.
 
Evénement
RADICALISATION : LES ACTEURS SOCIAUX ET MEDICO SOCIAUX SE MOBILISENT
Depuis l'an dernier, le phénomène de radicalisation est passé au premier rang des risques menaçant notre démocratie. Et autour de ce nouveau danger, l'État commence à mobiliser les acteurs du monde judiciaire, éducatif, mais également médical et social. Car la lutte contre cet endoctrinement orchestré par Daesh ne concerne pas seulement la police et la justice : il se prévient, se repère et se prend en charge aussi à tous les niveaux des secteurs sanitaires et sociaux. 
 
Dès le printemps 2014, Bernard Cazeneuve lançait son plan de prévention de la radicalisation et d'assistance aux familles. En premier lieu, le ministre de l'Intérieur a monté un numéro vert et demandé aux préfectures de créer des commissions pour la détection et le suivi des cas de radicalisation avérés.
Ces cellules traitent les signalements effectués auprès du numéro vert 0800 005 696 « Stop djihadisme ». Elles organisent aussi la prise en charge des jeunes embrigadés par Daesh. Certains travailleurs sociaux des services des conseils départementaux ont rejoint ces cellules de suivi des jeunes aux côtés d'éducateurs spécialisés et de psychologues, des professionnels qui ont été formés aux spécificités de cette radicalisation et aux méthodes utilisées par les recruteurs (voir interview Dounia Bouzar).
Au-delà de ces cellules préfectorales, la déradicalisation des jeunes et la prise en charge de leurs familles nécessitent de créer de véritables réseaux pluridisciplinaires de professionnels compétents sur cette problématique d'embrigadement djihadiste. et c'est sur l'élaboration de ces réseaux que se mobilisent aujourd'hui les ars avec les référents régionaux qu'elles ont désignés sur le sujet.  « le phénomène touchant toute la société française, la prévention passe par une action commune de tous les acteurs potentiellement impliqués » , explique valérie denux, chargée de mission sur la radicalisation dans le pôle santé du secrétaire général des ministères sociaux. Les ars sont des interfaces au sein du monde de la sante lui-meme pour connecter entre eux les professionnels de sante, les diriger vers des specialistes du sujet, vers des associations ou des travailleurs sociaux. Aujourd'hui, les ars consolident leurs reseaux. Chacune d'entre elles apprehende son territoire a sa maniere et  met en relation les professionnels de sante avec les associations de familles qui soutiennent les proches en cas de radicalisation, mais aussi les psychologues et psychiatres competents dans la prise en charge des jeunes. » les ars mobilisent donc les acteurs locaux susceptibles de participer aux actions de prevention, de detection et de deradicalisation. Et parmi eux, on compte de plus en plus de travailleurs sociaux du departement, de psychologues et psychiatres hospitaliers et d'agents de la caf en contact avec les actions de soutien parental ou en direct avec les familles. Laurence rossignol considere d'ailleurs les agents des caf comme des lanceurs d'alerte potentiels.
Car dans la lutte contre ce phenomene, il est clair que seul un vrai partenariat pourra donner des resultats. Les ars informent et sensibilisent donc tous les acteurs identifies sur le role qu'ils pourraient etre amenes a jouer pour la prise en charge medicale ou le soutien psychologique des jeunes et des familles. Pour faciliter leur mobilisation, elles les informent aussi sur les droits et obligations specifiques au regard du respect du secret medical, de la deontologie et du secret professionnel 
Au-dela des ars, les departements aussi commencent a se mobiliser sur ce nouveau risque que constitue la radicalisation des jeunes.
Peu à peu, le nouveau risque radicalisation entre dans les pratiques. Mais comme tout nouveau phénomène, il nécessite adaptation des systèmes et formation des professionnels. Déjà, certains conseils départementaux sensibilisent leurs collaborateurs. Dans les Alpes Maritimes, un plan départemental de lutte contre la radicalisation a été adopté et en Val d'Oise, seize agents sociaux ont appris à reconnaître les signes d'une situation de radicalisation de façon bien plus fine que les habituels clichés largement dissimulés sous l'influence des nouvelles techniques d'embrigadement. Aujourd'hui, ce sont les maires que le Gouvernement sollicite pour s'engager dans des actions locales sur le sujet, Début 2015, plus de 4.000 signalements ont été effectués et 1 400 personnes en voie de radicalisation ont été identifiées par les cellules préfectorales. Actuellement, 600 familles sont accompagnées et on estime à 600 le nombre de jeunes Français engagés en Syrie auprès de Daesh. Deux centres de « déradicalisation » devraient être ouverts en 2016.             
                                                                                                                                                                                                                         Florence Pinaud
Interview de > Dounia Bouzar, anthropologue spécialisée dans la lutte contre la radicalisation.
« L'idéologie djihadiste s'adapte au profil psychologique de chaque jeune »
Dounia Bouzar dirige le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI).
L'an dernier, elle a été mandatée par Bernard Cazeneuve, pour former les nouvelles cellules de suivi mises en place par les préfets.
 
Comment intervenez-vous auprès des acteurs sociaux et médicaux ?
Toutes les préfectures disposent de comités pour analyser les signalements au numéro vert. Ces comités réunissent des professionnels des services sociaux du département, des hôpitaux, des missions locales, de l'éducation nationale, des Caf… Les préfectures ont également mis en place des cellules de suivi pour la prise en charge des jeunes et de leur famille. Ces cellules réunissent des éducateurs sociaux, des psychologues, des psychiatres et des policiers. Elles montent un programme de déradicalisation autour du jeune, avec le soutien de ses proches et de sa famille. Nous avons accompagné ces équipes pour les aider à comprendre comment les jeunes sont approchés et manipulés.
 
Quelles sont les difficultés de ces professionnels face à ce nouveau phénomène de radicalisation ?
La première concerne le concept de libre adhésion. Les éducateurs comme les psys ont du mal à accepter d'intervenir alors que le jeune n'est pas en demande, et à son insu. Or, les jeunes en cours de radicalisation ne sont jamais en demande. Le processus les mène à penser qu'ils sont les seuls à avoir un bon discernement. Ces équipes doivent aussi prendre conscience de la finesse des manipulations. L'idéologie djihadiste s'adapte au profil psychologique et aux aspirations de chaque jeune. S'il est dans un besoin de vengeance, le recruteur lui proposera un scénario vengeur. Si son idéal est altruiste, il lui propose des actions humanitaires. Et avec ces méthodes, les recruteurs n'approchent plus seulement les jeunes sans repères, habituellement suivis par les services sociaux. Ils recrutent aussi des jeunes issus de classes sociales moyennes et supérieures, non liées à l'immigration et à l'islam. 
 
Comment les aider à améliorer leur repérage ?
Le mieux est d'établir le diagnostic du jeune sans qu'il le sache, pour éviter que le groupe radical lui conseille une dissimulation. Les recruteurs sont français et ils maitrisent parfaitement l'approche institutionnelle du travail social. Ils conseillent le jeune en fonction de la grille de lecture de chaque professionnel. S'il est pris en charge par un psychologue ou un psychiatre, on lui conseille de mettre l'accent sur le conflit parental ; s'il rencontre des éducateurs, on lui conseille d'accepter de faire du rap, etc. Ainsi le professionnel ne perçoit plus aucun signe de radicalité et demande le classement du dossier à la préfecture. C'est l'objectif des recruteurs, qui récupèrent le jeune quelques semaines plus tard.
 
Et comment mener des actions de déradicalisation ?
On ne peut déradicaliser un jeune en se plaçant d'abord sur le domaine du savoir et de la raison. C'est pour cela que le discours religieux alternatif (le bon islam) ne fonctionne pas. Daesh a placé le jeune dans une vision de type paranoïaque et lui a présenté des solutions compensatoires pour supporter ce monde présenté comme corrompu : la fuite, le rejet et/ou la confrontation. Pour déradicaliser, il faut faire le chemin inverse : rassurer le jeune par une approche émotionnelle, avant de mettre en place une approche cognitive pour déconstruire l'idéologie djihadiste. Sinon c'est à la fois inefficace et contreproductif – car Daesh affirme que « les autres » seront jaloux et tenteront de leur « immiscer le doute ». Avant de devenir réceptif à un message cognitif, les jeunes doivent être rassurés et très entourés.
 
En quoi ce nouveau risque bouscule-t-il les pratiques du travail social ?
En France, de part notre histoire, nous sommes très handicapés quand le religieux est mis en avant. Rien de tel pour déstabiliser l'adulte en général et le professionnel en particulier... Les travailleurs sociaux doivent reprendre confiance en eux et utiliser leur grille de lecture habituelle, pour ne pas tomber dans des approches culturalistes qui les mèneraient à une diabolisation ou au contraire à une non assistance à personne en danger... Pour cela, ils ne doivent pas rentrer dans le contenu du discours radical mais se concentrer sur l'effet sur le jeune : l'auto-exclusion et l'exclusion des autres, les ruptures sociales et amicales, la désaffiliation, la perte de confiance, la haine de la société, etc.
Propos recueillis par Florence Pinaud
 
 
PPOINT DE VUE : Cyrille Schott, directeur de l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ)
Rattaché aux services du Premier ministre, l'INHESJ intervient dans les domaines de la formation, de la recherche,  de la veille et de l'analyse stratégique en matière de sécurité intérieure. L'institut a mis en place une formation spécifique sur les problématiques de radicalisation proposée actuellement aux élus et à leurs collaborateurs. 
 
« La radicalisation, qui s'accompagne d'ordinaire d'un embrigadement, peut prendre différentes formes, des plus ostentatoires (apologie du terrorisme) au plus discrètes (la pratique de la dissimulation). L'identifier n'est donc pas une opération aisée, d'autant moins que les individus concernés prennent l'habitude de la discrétion (la propagande djihadiste regorge de recommandations à cet égard). C'est pour cette raison qu'il importe de former l'ensemble des professionnels confrontés à des jeunes qui peuvent être tentés par le djihad. Et cette sensibilisation est d'autant plus nécessaire que plus les professionnels les détectent rapidement, plus ils peuvent intervenir tôt et plus ils ont de chances de les sortir de cette spirale. Mais la notion même de radicalisation fait l'objet d'interprétations variées. Dans la pratique, les services de polices adoptent souvent des acceptations plus larges que celles des travailleurs sociaux. Les seconds pourront considérer que certains comportements ne relèvent que d'une certaine orthodoxie, qui appartient à la liberté de chacun. Ils se mobilisent donc moins dans la détection, et d'autant moins qu'ils sont soumis au secret professionnel d'une part, et qu'ils peuvent y voir une forme de délation d'autre part. Quand ils interviennent, les travailleurs sociaux le font aujourd'hui plus dans l'accompagnement social que dans la détection des personnes susceptibles de se radicaliser. »
 
 
LAZER PRÉVOYANCE
Révolution numérique et assurance à quoi faut-il s'attendre ?

Ils ont dit :

Pascal Demurger, DG de la Maif, Jacques Richier, PDG d'Allianz, Bruno Rousset, DG d'April, Amélie Oudéa-Castéra pour Axa, Catherine Touvrey, DG déléguée d'Harmonie Mutuelle.

« Le monde pépère de l'assurance est fini… Nous sommes (les assureurs de biens et de personnes) dos au mur ! Les métiers seront bouleversés… Le numérique pousse à la concurrence exacerbée… Les exigences des clients seront plus fortes… La dissociation entre la propriété et l'usage bouscule le principe même de l'assurance… La notion de risque social aléatoire est aussi perturbée dans un monde de Big Data avec une capacité de précision de projection sans commune mesure avec nos règles habituelles… L'alliance comportements éclairés des clients-consommateurs/objets connectés/financeurs du risque est bousculée… Tout va devenir compliqué… Le principe de fidélité du client est interrogé… Le client final cherchera peut-être moins de l'assurance que de la réassurance en cas de complications ou d'échec des solutions prédictives… Comment, demain, pourrons nous garantir des rendements stables dans des entreprises de technologies, elles mêmes fragilisées ?… La course à la taille n'est plus forcément la solution première car l'agilité des réponses prévaudra… Nous allons devoir faire du sur mesure en permanence, car c'est ce qu'exigeront les assurés. »

 

Ils ont dit :

Pierre Louette, DG délégué d'Orange, Olivier Jaillon, président de La Parisienne Assurance, Benoit Thieulin, ancien président du Conseil national du numérique, Christophe Novack pour Accor Hôtel.

« Dans nos organisations, le pouvoir aux mains des financiers ira vers les créatifs, auteurs de la nouvelle valeur ajoutée… Qualité, interactivité, transparence, réactivité et complétude des prestations et services seront les moteurs de la réussite… L'expérience utilisateur prévaudra sur l'expert classique… C'est le client qui construira lui-même sa prestation… Beaucoup de secteurs sont rentiers et ne perçoivent pas le bouleversement qui s'annonce… L'assurance classique est trop lourde donc fragile et peu préparée à la désintermédiation massive qui se profile. »

 

Sans nier le temps de latence inhérent aux organisations sociales et d'assurance, tous les acteurs partagent un sentiment mélangé fait d'enthousiasme pour l'innovation numérique et de l'inquiétude logique qui en résulte pour le devenir des organisations traditionnelles. Au-delà des enjeux technologiques et organisationnels, la question de l'aliénation de l'individu par le numérique est posée.
Le numérique est-il maîtrisable ?

Pascal Beau

 
 
 
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