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N° 1096 – 7 au 20 octobre 2016
 ÇA BOUGE ! 
 GRAND ENTRETIEN
 « La dimension de mouvement est au c?ur de mon mandat », entretien avec Thierry Beaudet. 
 ÉVÉNEMENT
 Le dernier PLFSS du quinquennat Hollande
 ILS ONT DIT…  
 CAHIER LASER 
 Médico social
 Services à la personne; rationaliser et simplifier les aides.
 Famille
 Les crèches version "VIP"
 International
 La lente progression de la santé numérique dans le monde
 LIBRE PROPOS 
 Le revenu universel selon Manuel Valls
 ILS ONT ÉCRIT…
 
Edito
Pascal BEAU - Espace Social Européen
Pascal Beau
Directeur d'Espace Social Européen
 
ENTRAVES
 
Les chiffres parlent d'eux mêmes : le quinquennat de François Hollande pour les industries de santé aura poursuivi une politique de durcissement de l'Etat. Sur 5 ans, le chiffre d'affaires des médicaments remboursés aura baissé. L'inverse de la totalité des autres postes de dépense de soins. L'amertume des leaders pharmaceutiques, du Leem en particulier, est donc fondée. Clairement, une fois écartées les scories et manipulations comptables ministérielles quant à la présentation des économies faites sur l'assurance maladie, la part du médicament dans l'effort national de régulation comptable est au moins de 60%. Cela soulage peut-être les « antilabos », les médias en quête de dénonciation des industries de santé et certaines associations de patients, dont les arguments ne sont pas toujours mauvais, mais cela ne forme pas une politique alternative crédible. La politique gouvernementale affaiblit l'économie de la France. Elle entrave notre capacité à produire de la valeur ajoutée. Ce dont nous avons furieusement besoin. Elle inverse aussi la dynamique européenne, et place de plus en plus notre pays en situation de dépendance par rapport à l'extérieur. Bref, un échec structurel en vue…
 
Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a raison de pointer la persistance d'une fracture sociale dans l'accès à l'information des populations fragiles. L'enquête conduite en commun avec l'Institut national de la consommation (INC) montre que les plateformes téléphoniques de la branche famille, de Pôle emploi et de l'assurance maladie entre mars et avril dernier, en dépit de qualités intrinsèques, ne permettent pas de résoudre toutes les difficultés rencontrées par les populations fragiles. Cette situation est typique de l'existence d'une fracture numérique, d'une France de non recours aux droits ou d'extrêmes difficultés pour en maîtriser les contours. Tout le monde ne dispose pas d'Internet ou n'en possède pas le maniement facile. Le français technique et juridique demeure étranger à beaucoup, sans parler de la complexité des règles, toujours accrue, qui rebute également. La dématérialisation des services est une dynamique incontournable pour nos services publics mais ne saurait être exclusive. Il faut aussi penser à ceux qui sont de facto placés sur le côté de la route et leur garantir concrètement une solution d'accueil et d'écoute pour résoudre leurs problèmes. Il faut, donc, maintenir encore un accueil physique et local.   Pascal Beau
 
Événement
SECU : LE DERNIER PLFSS DU QUINQUENNAT HOLLANDE
Dernier PLFSS pour Marisol Touraine ! Le 5e donc, doté de quelques attraits électoraux. Tout en maintenant le « sérieux budgétaire » sécu-santé. Les mesures en détail, les données et, bien entendu, un commentaire !
60 articles et 134 pages de dispositions pour les trois grands chapitres du PLFSS 2017 : le financement et les perspectives comptables des régimes sociaux ; le fonctionnement de la sécurité sociale (retraite, famille, RSI et gestion) et l'assurance maladie qui, comme à l'accoutumée, se « taille la part du lion » dans les dispositions.
 
 
Grand Entretien
THIERRRY BEAUDET, PRESIDENT DE LA MUTUALITE FRANÇAISE : « NOUS VOULONS DEVELOPPER UNE GOUVERNANCE D'ANIMATION »
 
ESE a rencontré Thierry Beaudet, au sortir des journées de rentrée de la Fédération nationale de la Mutualité française. Quelques mois après son élection, le président de la FNMF revient sur les différents chantiers en cours, les enjeux pour le mouvement mutualiste, le fonctionnement de la  fédération nationale et les sujets d'actualité, en particulier la convention médicale.
 
Les journées de rentrée de la Mutualité française se tenaient à Lille, les 29 et 30 septembre, quels enseignements en tirez-vous ?
Nous avons voulu placer les journées de rentrée sous la thématique de la « transition mutualiste ». Notre société traverse une véritable transformation avec de vraies mutations. La question pour les acteurs mutualistes est de savoir si nous serons acteurs de ce mouvement ou simplement spectateurs. Le but était d'aborder quelques-unes de ces évolutions, avec trois idées fortes. Nous avons appelé la première « Les habits neufs de la protection sociale ». Aujourd'hui, la protection sociale, en particulier la complémentaire santé, est liée à votre statut (salarié, indépendant, fonctionnaire, etc.). Demain, elle devra être attachée à la personne, compte tenu des évolutions et des parcours de moins en moins linéaires. Deuxième constat, le champ des possibles pour la Mutualité est considérable, et il va bien au-delà de la complémentaire santé. Dans notre société, les besoins sociaux insuffisamment ou non couverts sont nombreux, nous devons trouver des terrains d'engagement pour y répondre.
Nous avons ensuite parlé des évolutions techniques, technologiques et de la révolution digitale. Avec ces sujets, apparaît très vite la question des données de santé. Il faut définir un cadre avec une réflexion sur leur traitement et leur usage, ce qui soulève un certain nombre d'interrogations éthiques.
Enfin, troisième idée : la Mutualité veut faire mouvement. Dans les nouvelles formes d'engagement et d'entreprendre, notamment autour de l'économie collaborative, certains fondements résonnent fortement avec le modèle mutualiste. À nous d'établir des passerelles.
 
Tous les participants partagent-ils cette vision ?
Près de 1 000 mutualistes étaient présents à ces journées. Au début, certains ont pu être un peu sceptiques sur les différents thèmes mais, à la sortie, les militants étaient convaincus. J'ai le sentiment d'un mouvement rassemblé autour de ces thématiques, et le rôle d'une fédération est bien de fédérer.
 
Nous avons cru comprendre que votre mandat était lié à une fédération plus « sobre », est-ce le cas ?  Et quel sera le contenu de l'assemblée statutaire prévue en décembre ?
Je pense beaucoup à une évolution vers une fédération plus horizontale, c'est-à-dire qui ne prescrive pas de positions aux mutuelles sur certains sujets et ne s'exprime pas pour leur compte, mais qui construise avec elles. Notre mouvement a une gouvernance de décision (assemblée générale, bureau, conseil d'administration) et nous voulons développer une gouvernance « d'animation ». Je vais proposer lors de l'assemblée générale de décembre de modifier le conseil d'administration pour renforcer la place des petites et moyennes mutuelles, et faire en sorte qu'elles élisent leurs représentants elles-mêmes. Je veux également faire de la place aux mutuelles de livre III.
Un autre chantier, qui prendra un peu de temps, porte sur l'articulation entre les Unions régionales et la fédération. Comment trouver un équilibre entre l'initiative régionale de terrain et la traduction des ambitions et priorités nationales ?
La dimension mouvement est au c?ur de mon mandat. J'ai autour de moi deux élues permanentes. Dominique Joseph, en tant que secrétaire générale, est notamment chargée de toute la gouvernance de décision. De son côté, Stéphanie Soares s'occupe à temps plein de la gouvernance d'animation.
 
Le mouvement a réclamé des réformes qui ont abouti à un tsunami réglementaire conduisant à une segmentation croissante de la prise en charge. Finalement l'État, le politique (opposition comme majorité), les professionnels de santé, se tournent peu vers la Mutualité pour lui demander de prendre une place novatrice dans le système de santé. N'avez-vous pas le sentiment qu'il y a un problème d'identification de votre rôle ?
Nous sommes dans le paysage, et je ne crois absolument pas aux scénarios selon lesquels la sécurité sociale renforcerait ses interventions demain. Le système ne pourra se faire qu'avec les professionnels de santé, l'assurance maladie obligatoire (AMO) et les mutuelles. Au-delà de la santé, nous sommes dans une forme d'étatisme tatillon dans tous les domaines. Je plaide pour un État garant de grands objectifs et d'un cadre général de solidarité dans lequel les acteurs pourraient agir. Mais nous sommes dans un système marqué par la défiance envers les acteurs. Il faut pourtant leur faire confiance. Sans cela, le système continuera de se dégrader.
 
Et n'est-il pas paradoxal d'avoir rejeté la convention médicale qui bénéficie aux médecins généralistes de secteur 1 ?
La position de la fédération, reprise largement par l'Unocam me paraît équilibrée. Et j'espère que les professionnels de santé l'ont perçue comme telle. J'ai noté des avancées légitimes (en particulier sur les revalorisations tarifaires de 23 à 25 €, le développement de la rémunération forfaitaire, etc.). Mais le coût supplémentaire pour les complémentaires est élevé (315 millions d'euros dont 165 millions pour les mutuelles). Concernant les forfaits, nous regrettons l'absence de contrepartie qualitative. Aucune solution technique n'a été proposée aux complémentaires santé pour leur permettre de verser directement ces forfaits aux médecins. Dans les faits, le dialogue a été globalement conduit entre l'assurance maladie obligatoire et les médecins, pour « présenter l'addition » aux complémentaires à la fin de la négociation. Or, nous n'avons pas de Cades. Les 315 millions d'euros supplémentaires demandés aux complémentaires seront des cotisations à appeler auprès de leurs adhérents. Mais nous l'avons dit, nous serions prêts à revenir sur notre position si des solutions techniques étaient trouvées. Actuellement, dans les statistiques officielles, les 150 millions versés par les complémentaires pour financer les forfaits participent du niveau de prise en charge de l'AMO. Ils ne sont donc même pas mis à notre crédit ! Nous ne voulons plus de ce dispositif.
 
Dans l'esprit de co-construction que vous défendez, n'aurait-il pas mieux vallu opter pour un « oui, mais » plutôt qu'un « non, mais » ?
Nous en avons beaucoup discuté au sein de la Mutualité française, mais nous nous sommes souvenus de la convention médicale de 2012. Avec un « oui, mais », personne ne se serait mis autour de la table pour trouver une solution.
 
Alors, peut-on changer les règles du jeu ?
Sur les deux dernières élections présidentielles, au second tour il n'y a pas eu un mot sur les questions de santé ou de protection sociale. Pour la prochaine, nous avons décidé d'adopter une logique d'interpellation des candidats. Nous allons créer une plateforme participative, nommée « Place de la santé », qui présentera les propositions des candidats pour faire réagir le plus largement possible notre écosystème (adhérents, think tanks, professionnels de santé, etc.). Nous exposerons ces réactions aux candidats et nous leur ferons part des sujets non traités qui intéressent nos adhérents. À court terme, c'est un choix de méthode. Mon ambition est également d'établir des relations apaisées avec les professionnels de santé. Je sais qu'ils sont nombreux à y être ouverts.
 
Marisol Touraine a annoncé la publication imminente du décret sur la labellisation des complémentaires santé « séniors ». La Mutualité s'est opposée à ce projet. Quelles sont vos attentes ?
Le dispositif est d'abord très mal pensé. Nous connaissons bien les séniors : 70% des plus de 65 ans adhèrent à des mutuelles. Ils sont attentifs aux prestations santé mais ont aussi des attentes sur d'autres champs comme l'action sociale, l'aide aux aidants, les dispositifs d'accompagnement à la retraite, etc. Ces services ne sont pas traités dans ces labels. Par sa seule approche financière, ce projet ne répond pas aux questions que se posent les séniors.
Si on crée des solutions pour les seuls séniors, la mutualisation se fera entre les personnes pour lesquelles les coûts de santé sont les plus importants, les cotisations seront donc plus élevées. Pour traiter cette question, il faut réintégrer la mutualisation, la solidarité intergénérationnelle et trouver des dispositifs pour mieux lisser le coût des cotisations tout au long de la vie. Nous verrons, mais je pense que nous avons instillé le doute.      
        > Propos recueillis Émilie Guédé et Alexandre Beau
 
 
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