Le rapport rendu au gouvernement britannique en janvier 2010 sur les inégalités économiques aux Royaume Uni, constatait qu’en trente ans, le fossé entre les riches et les pauvres s’était considérablement accentué. Dès leur arrivée au pouvoir, dans les années quatre-vingt-dix, les travaillistes s’étaient pourtant fixé l’objectif de vaincre l’exclusion sociale. Ils ont pour cela développé une politique sociale et familiale appuyée sur l’idée d’une “Troisième voie”. Avec la mise en place de la Social exclusion unit (Unité contre l’exclusion), l’introduction d’un salaire minimum (1999), une série de réformes des allocations familiales, l’instauration d’une politique globale de structures d’accueil pour la petite enfance, des mesures en faveur du travail des femmes, ils ont tenté de développer un modèle de “l’égalité des chances” et de l’“inclusion” sociale qui a eu un véritable impact en Europe, et notamment en France (cf. le RSA, dont Philippe Steck rappelle ce qu’il doit au modèle britannique).
Le numéro se développe en trois parties : la première traite des fondations beveridgiennes et des évolutions de l’État providence, la seconde se focalise sur les actions mises en oeuvre dans les différents champs de l’insertion sociale, et la troisième traite des aides particulières aux groupes les plus fragilisés. Dans un premier article, Michael Hill s’interroge sur les raisons qui ont fait choir le Royaume uni de sa place de pionnier de l’État providence et suppose que, dès les débuts, les recommandations de Beveridge n’ont pas été suffisamment suivies.
L’installation progressive d’une concurrence entre les systèmes d’assurance sociale et d’assistance aurait mis en échec les ambitions initiales. L’article retrace ce processus depuis les efforts infructueux des gouvernements travaillistes (1960- 1970) et les attaques contre les aspects “universalistes” qui ont été portées par les gouvernements conservateurs (1980-1997), jusqu’aux approches des nouveaux travaillistes qui n’ont pas vraiment inversé celles de leurs prédécesseurs.
Jérôme Tournadre-Plancq analyse, lui, les fondements théoriques de ce projet de « dépassement de la gauche et de la droite » porté par les tenants de la Troisième voie. Questionnement sur l’égalité, édification d’une société méritocratique et, à la fois, individualisation du social et idéal d’une communauté “cohésive” à laquelle il suffirait de se savoir “appartenir”. Une “inclusion” dépendante de “valeurs socialement partagées” (Tony Blair) conditionnant finalement une “nouvelle moralité sociale” (id.) dont l’exclu serait, sinon le malade, le déviant.
Philippe Steck, directeur adjoint de la Cnaf, souligne ce que le RSA doit au modèle social britannique : intéressement à retrouver une activité, fusion des minima sociaux, synergie des acteurs, contractualisation avec les bénéficiaires, entre autres. Il relève également ce qui de la mise en oeuvre du RSA peut en limiter les effets. Pour conclure que la pauvreté des enfants, qui était visée en Grande Bretagne comme en France, reste à éradiquer dans les deux pays.
Aides sociales aux mères isolées et politique du handicap sont, elles, traitées dans la troisième partie. Les constats sur la multiplication des familles monoparentales et l’augmentation du nombre de mères isolées sont assez proches de ceux que l’on peut faire pour la France. L’article de Fabienne Portier – Le Cocq répertorie les types d’aides destinées aux mères isolées qu’elles travaillent ou pas. Aide familiale, aide scolaire, incitation à l’emploi, la prise en compte de leur situation ne leur évite toutefois pas la stigmatisation et, depuis fin 2008, ces aides font d’ailleurs l’objet de restriction. Depuis une quinzaine d’années la politique du handicap au Royaume uni a changé. L’article de Bob Sapey revient sur la reconnaissance d’un modèle social du handicap (Michael Oliver, 1983) et, sous la pression des associations, celle de la citoyenneté et de droits civiques pour lutter contre la discrimination. Il décrit surtout des “avancées” souvent paradoxales par rapport aux aspirations des personnes handicapées à un mode de vie autonome.
L’intérêt de cet ensemble est de situer le système social britannique sur l’échiquier mondial de la protection sociale. Typé depuis 20 ans comme anglo- saxon, ce système, Beveridgien à l’origine – initiateur du concept de sécurité sociale – ne l’est manifestement plus.


Une analyse de la Cnaf
Politique sociale et familiale en Grande Bretagne