Depuis quelques semaines, le secteur des technologies dans la santé est en ébullition avec de multiples annonces d’investissements dans la French Medtech.
A priori, une bonne nouvelle, sauf qu’il semblerait qu’une majorité des investisseurs finançant nos talents nationaux soient étrangers. Outre les start-ups et les TPE, des locomotives du nouveau paysage sanitaire comme Doctolib, avec l’annonce d’une prise de participation par le géant américain des puces électroniques Nvidia, et l’assureur Alan qui, à chaque levée de fonds, internationalise davantage son pool d’actionnaires, matérialisent cette nouvelle donne économique.
Le phénomène n’est pas nouveau en soi. Il y a dix ans de cela, ESE emmenait une délégation aux USA, et plus particulièrement à Cambridge, la Mecque des biotechs. À cette occasion, nous eûmes l’opportunité d’être invités dans un hub de recherche affilié au prestigieux MIT. L’un des chercheurs, français au demeurant, travaillait sur une thérapie innovante permettant de ralentir considérablement les effets de la maladie d’Alzheimer. Et à la question, pourquoi ne pas développer votre activité en France, ce jeune lyonnais nous avait indiqué spontanément qu’un obstacle de taille s’était dressé face à lui. Contrairement à l’idée classique, ce n’était pas le poids administratif qui était ici le cœur du problème, mais bel et bien l’absence totale d’ambition d’investisseurs, tels que les banques et autres acteurs privés. La raison ? Ceux-ci préfèrent miser sur des projets déjà à maturité davantage, sur du « sûr », que sur des potentiels. Toujours la peur du risque… là où, en 48 heures, plusieurs fonds d’investissement américains mettaient plus d’un million de dollars sur la table en espérant que, derrière ce Frenchy, se cache la prochaine poule aux œufs d’or qui sera revendu 500 fois plus cher dans quelques années. Des milliers d’anecdotes comme celle-ci existent. En cela, on peut donc parler d’une tare culturelle innée à notre pays.
Que la puissance publique, empêtrée dans ses déficits, ne soit pas le fer de lance d’une politique massive de l’investissement de nos pépites peut s’entendre. En revanche, que la constellation d’investisseurs privés reste constamment frileuse sur ce sujet doit nous interroger. Comme sur l’IA, au passage. À l’heure où les enjeux de souveraineté nationale semblent (enfin) mobiliser nos décideurs, il serait peut-être temps de les inciter aussi à soutenir nos futurs champions dans le domaine de la santé. Histoire de ne pas être trop « à la ramasse » dans la course mondiale à l’innovation, mais aussi de rompre, un tant soit peu, avec nos logiques de rentes qui nous sont si chères.






