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Alan et la main invisible

Alan et la main invisible

La désignation du binôme Alan/Allianz comme complémentaire santé des agents de la Sécurité sociale a pour le moins ébranlé le secteur de l’assurance.

Si l’issue du dossier ne faisait guère plus de doutes depuis quelques jours, le procédé et la finalité laissent pour le moins dubitatif. La façon dont l’un des fers de lance de la start-up nation a réussi à rafler la mise n’a rien à envier aux meilleures séries TV à rebondissement entre sa procédure d’appels d’offres, les interrogations des partenaires sociaux (majoritairement légitimes) sur la méthodologie d’évaluation des candidats, la suspension de la commission des marchés de l’Ucanss, la désignation d’une administratrice provisoire et le climax final. Difficile de faire plus tumultueux comme procédure de désignation. Dans une période où le complotisme règne, ce qu’il s’est passé ces derniers mois, à de quoi nourrir les amateurs d’interventions obscures pilotées depuis « en haut ».

Derrière cette démarche, une question se pose : pourquoi, après avoir fait plier les règles dans certaines attributions de contrat dans la PSC Fonction publique, les a-t-on brisées dans le cas du contrat Sécu ? Et si encore, le dossier retenu se détachait clairement de ceux de ses concurrents, on pourrait comprendre. Or, cela ne fut pas le cas dans cette histoire. Et ce, bien qu’Alan/Allianz ait présenté conjointement un dossier solide.
Le nœud du problème se situe peut-être ailleurs avec un nouvel intervenant « licornien » s’étant construit en opposition au « vieux monde » de l’assurance, en faisant du digital et de l’optimisation de son modèle de gestion ces porte-étendards. À tel point, qu’une grande partie de son back office est éparpillé géographiquement à mesure que la néo-société d’assurance poursuit son expansion internationale. Si imaginer la complémentaire santé des salariés de l’Assurance Maladie être gérée par des opérateurs localisés hors de France pouvait provoquer un sourire il y a peu, cela ne sera plus le cas dans quelques mois. Ainsi, se font peut-être les choses dans le système de protection sociale 2.0 tel que l’imaginent certains.

Le pilotage de la DSS sur ce dossier, et par extension de ses tutelles, interroge. Certains y voient une nouvelle démonstration de force de la « main invisible » de Bercy quand d’autres, avec plus de pudeur, parleront d’un parrainage bienveillant venu de l’appareil d’État. Quoi qu’il en soit, une petite victoire pour le monde de la tech’ et une défaite cinglante pour la démocratie sociale et le paritarisme. Pas sûr, que tout le monde en sorte grandit!


Illustration : Vectorarte – Magnific.com

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